Naissance de Noé,
Lundi 3 août 2009
Tu as 13 jours. Depuis jeudi nous sommes hospitalisés en pédiatrie à Clermont. Tu perdais beaucoup de poids, ne tétais pas beaucoup et rejetais ce que tu prenais. Je te sentais faible, le pédiatre a confirmé, direction les urgences… Aujourd’hui tu vas mieux, tu as repris du poids, les taux de globules rouges et de bilirubine sont redescendus, la perfusion de glucose a été enlevée, tu tètes enfin goulûment. On va peut être sortir ce soir.
Je me dis que c’est le moment d’écrire le récit de ta naissance, pour tromper ces pénibles heures d’attente, laisser aussi ces mauvais jours d’hôpital derrière nous et puis tout simplement parce qu’à la maison les journées filent si vite que je n’ai guère de temps pour écrire… Je dois aussi t’avouer que depuis ta naissance je n’arrivais pas à débuter ce récit, nous sentant comme en sursis. Tu étais si calme, trop calme, je ne m’y faisais pas malgré tous les messages rassurants des uns et des autres. Mon instinct sentait que tu couvais quelque chose…
Voilà ce que je t’écrivais le dimanche 2 août 2009, veille de ta naissance :
Voilà, je suis prête, je t’attends mon bébé. Ce matin, j’ai pleuré de déception, j’aurais tant aimé que tu sois déjà là ! Et puis j’ai peur que tu n’aies pas envie de nous rencontrer… C’est que cette nuit, j’ai commencé à perdre les eaux, alors j’ai cru que tu allais débarquer comme un boulet de canon, comme ton frère. J’étais si excitée à l’idée de te voir ! Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Très peu de contractions, juste le ventre dur. Je me dis déjà que tu vas me surprendre, me dérouter, qu’il va falloir qu’on apprenne à se connaître, que tu as ton propre rythme, ta propre personnalité.
Je suis seule à la maison depuis midi. Ton papa et ton frère ainsi que Thierry, Ferdinand, Manon et Suzanne sont partis chez des amis. Moi je n’avais pas le courage d’y aller. Envie d’être seule avec toi, envie de préparer notre nid. J’ai fait un grand ménage, une lessive. J’ai descendu la fameuse valise que je prépare depuis quelques temps dans la pièce où je pense accoucher, le bureau salle de jeu, près de la salle de bain. Dans cette valise, il y a des draps, des alèses, des serviettes, une bouillotte, des vêtements pour toi…J’ai écouté de la musique indienne pour me nourrir de la force de ce peuple, de sa spiritualité. J’ai appelé Pom, elle peut arriver quand je veux. J’ai aussi envoyé un message à une liste de femmes sur Internet avec qui nous parlons de naissance sans assistance. Voilà, je me sens entourée, reliée à d’autres femmes. Tes grands-parents aussi sont prévenus. Vendredi, je disais à ton papa que je sentais que tu allais naître le 3 août. Quel suspense ! C’est dur de t’attendre, je suis si impatiente, j’aimerais tant savoir quand tu seras là ! mais le terme théorique de la grossesse est le 18 août, tu peux donc nous faire mijoter encore longtemps. Je te sens si proche, ta tête me chatouille tout en bas. Vendredi, l’ostéopathe n’a pas osé trop intervenir tant tu étais déjà bien engagé. Noé, Myriam, qui es-tu ?
Et voici maintenant le récit de la suite :
Pom est arrivée vers vingt heures le dimanche soir, avec Lucie, l’aînée de ses trois filles qui a dix ans. Je ne savais toujours pas quelle place je leur ferais si la naissance arrivait. Je m’imaginais simplement rester avec ton papa, seuls. Mais je sentais que je pouvais compter sur Pom, sur son calme, sa discrétion, une question de feeling, une sensation qui ne s’explique pas mais qu’on sent dès la première rencontre.
Après le dîner, elle a proposé qu’on prépare le bureau. Avec ton papa, ils ont fait le lit en empilant plusieurs épaisseurs de draps et d’alèses et mis des matelas au sol. Je les regardais faire, un peu perdue. Cela concrétisait la naissance, me sortait de la douce torpeur dans laquelle je baignais depuis midi. J’avais l’impression qu’ils précipitaient un peu les choses.
Avec ton papa, on s’est couchés vers 22h30, pensant qu’il valait mieux prendre des forces s’il devait se passer quelque chose cette nuit. Ton frère dormait en haut avec Pom et Lucie. Ma première nuit sans lui depuis sa naissance. Une fois que ton papa l’a eu endormi, j’ai eu confiance en lui, je me suis sentie prête et disponible pour toi. Et puis j’ai allumé deux bougies pour nous accompagner dans la nuit. J’avais ainsi l’impression d’être dans une grotte près d’un feu réconfortant.
J’ai eu du mal à trouver le sommeil, l’esprit agité par l’incertitude de ta venue. Ton papa lui était paisible et déjà je l’entendais dormir. Vers minuit, je suis allée aux toilettes, espérant sentir la poche des eaux se rompre pour de bon. Rien. Je me suis recouchée mais vite relevée, pour entamer un long ballet d’allers-retours qui a duré jusque vers 2 heures du matin. Entre deux je m’allongeais sur les matelas au sol pour essayer de laisser dormir ton papa. Puis j’ai commencé à avoir des contractions, d’abord toutes les vingt minutes puis tous les quarts d’heure puis toutes les dix minutes, cinq minutes… Ca me tirait dans le ventre. Je n’ai pas ressenti cette effroyable douleur dans les reins comme pour ton frère. La bouillotte que j’avais prévue pour me soulager est restée dans la valise. J’avais juste mal au ventre, mais rien d’insoutenable. Pendant les contractions je posais les coudes sur le lit, comme pour prier ou je m’agenouillais comme dans un canoë. Puis ton papa est venu me soutenir. Il était comme un pilier auquel je me raccrochais quand les vagues des contractions m’emportaient. Le silence me soulageait, je lui ai vite interdit de me parler, surtout pendant les contractions. Je soufflais les contractions dans un bruit de vent, me sentant tempête dans les arbres, burle sur les montagnes… Je chantais de longs « Ahhhhhhhhhhhhhhh » C’était presque doux. Je me balançais un peu, comme un bercement contre ton père. Je te sentais très bas dans mon ventre, tu paraissais tout petit alors que ces dernières semaines tu m’envahissais, me remplissait entièrement.
A un moment, j’ai dit à ton papa combien j’étais contente d’être à la maison, comme je m’y sentais bien. Je lui ai aussi confié mon inquiétude, mon agacement de ne pas perdre les eaux pour de bon. Pourquoi cette fichue poche ne se rompait pas ? Je lui ai dit que j’avais l’impression que tu allais naître coiffé, que tu romprais la poche en sortant la tête.
Dans l’instant qui a suivi, en tout cas c’est la sensation, le souvenir que j’en ai, j’ai ressenti le besoin de me redresser, j’étais comme attirée vers le haut. J’ai écarté les cuisses et placé ma main sur mon sexe qui était incroyablement bombé. J’ai compris que c’était ta tête et dans l’instant elle était là, dans ma main. Tu étais entre deux mondes, encore dans moi et déjà à l’air. Je n’en revenais pas, je pensais qu’il nous faudrait patienter des heures encore. Tu es sorti dans un bruit d’eau, comme une source jaillissante. J’ai crié à ton père que je tenais ta tête et il a couru chercher Pom. Je crois que tu étais sorti quand il est revenu. Je ne sais plus, j’étais complètement hébétée. Je suis restée sonnée quelques minutes, sensations irréelles. Pom et ton papa m’ont aidée à m’installer au chaud dans le lit. Tu étais là, tout blanc, couvert de vernix et violet aussi. Il était 5h52.
Quand tu es sorti, ton papa t’a appelé « mon fils » sans avoir regardé ton sexe, l’intuition. Bientôt tu as trouvé mon sein et tété comme un expert. Je te regardais, tes cheveux étaient tout collés de sang et de vernix.
Je restais préoccupée par l’expulsion du placenta. Je redoutais ce moment parce que j’en ai été dépossédée à la première naissance, peur que mon corps ne sache pas faire vu qu’on l’avait fait pour lui la première fois pour cause de protocole et d’horloge… Là il m’aura fallu quatre heures pour le délivrer et lâcher l’angoisse avec. Quatre longues heures au terme desquelles je me suis sentie renaître. Nous avons pleuré de joie et de soulagement. Ca y est, tout était fini, nous l’avions fait. Ce long projet, ce rêve que nous nourrissions depuis de longs mois était devenu réalité. Nous avions fini par couper le cordon avant l’expulsion du placenta pour me faciliter les déplacements. J’ai été étonnée par la masse du placenta. Nous l’avons touché, examiné pour voir s’il paraissait entier. C’était chaud, visqueux, lourd.
Nous l’avons conservé jusqu’au samedi, soir où avec tes grands-parents nous sommes allés l’enterrer en haut du village, là où j’aime regarder le Puy de Dôme et les volcans au-delà de la Limagne. Là où le vent souffle toujours un peu. Nous sommes arrivés au coucher du soleil. Nous avons fait une photo de famille puis creusé un trou. Le voilà rendu à la terre nourricière lui qui t’a nourri dans mon ventre. Etrange moment, fin d’un cycle.
Je n’en reviens toujours pas de la douceur de ta naissance. Ma main droite qui a accueilli ta tête semble encore chaude de ta présence.
Pom a été formidable. Sa présence a contribué à l’harmonie de cet instant. C’est elle qui s’est occupé des draps, de la cuisine, de Joseph, invisible et attentionnée, à l’écoute. Sa présence était juste. Quelle finesse. Je n’aurais pu espérer mieux.
Une sage-femme est passée dans la journée pour vérifier que nous allions bien. Pas de déchirure pour moi, petite victoire intérieure ! 3.400kg et 50 centimètres pour toi, beauté !
A la mairie, nous avons été très bien reçus pour la déclaration de naissance. Tu es le premier bébé né à Persignat depuis 1947 !
Tu es né dans l’harmonie de notre quotidien. Ton frère t’a rencontré une heure après ta naissance, quand il s’est réveillé à 7 heures. Il disait « bébé, bébé » sans s’arrêter. Il t’a examiné, fait des bisous. Il paraissait joyeux et excité. C’est assez magique de rester chez soi et de t’avoir accueilli si simplement. Pouvoir se régaler de la lumière du jour qui se lève, terminer l’excellent « struddle » aux pommes de ton papa, entendre le facteur, les tourterelles dans la cour…Tout se passe si bien quand rien ne vient perturber la naissance d’un bébé. Peut être notre bonne étoile…
Publié par ebouhier à 22:44:39 dans NOE EST ARRIVE ;-) | Commentaires (0) | Permaliens
aujourd'hui, Joseph a non seulement fait caca sur le pot mais en plus il l'a emmené tout seul aux toilettes et nous a appelé pour tirer la chasse !!!
Publié par ebouhier à 22:05:02 dans la petite vie de famille | Commentaires (0) | Permaliens
bon voila, j ai profite des vacances pour mettre a jour les photos de joseph en retard depuis juillet ... 2008
vous trouverez donc dans son album les photos jusqu'en septembre 2008 pour le reste, j ai prepare un petit film que je publierai pour son anniversaire et qui retrace sa petite vie de un an à deux ans...
il doit manquer encore les vacances en autriche maisje ferais un album ad hoc !
l'ADSL est revenue a la maison alors on en profite !!!! bon je laisse la place a vero pour qu elle prenne elle aussi sa dose d'internet !!
Manu
Publié par ebouhier à 16:51:55 dans la petite vie de famille | Commentaires (0) | Permaliens
Noé et sa maman sont revenus à la maison dimanche soir, Ouf ! tout le monde est soulagé, la colombe est revenue avec un rameau d'olivier ! ;-)
nous sommes alles voir le pediatre tout à l heure et il prend un peu de poids... Pour la petite histoire, la seule balance fiable à la maison est une balance à crochet !
Vero a fait son récit, il sera bientot publié sur ce blog !
a+
manu
Publié par ebouhier à 16:24:23 dans NOE EST ARRIVE ;-) | Commentaires (0) | Permaliens
Petit Noé est hospitalisé depuis jeudi soir... Entre lundi et jeudi il avait perdu 150 g et depuis la naissance 210 g (3kg390 à la naissance) soit 6 % apres avoir stagné à 3kg 230 de mercredi 5 à lundi 10. Sa maman le trouvait faible et ne pouvait se résoudre à l'expliquer par le fait qu'il est forcément différent de son frère (Joseph était trés alerte et énergique dès la naissance). Noé est plutôt "tranquille", il ne téte pas trés longtemps car il s'endort vite et depuis lundi, il vomissait la quasi totalité des tétées. Comme il y avait toujours des pipis et des cacas, je ne m'étais pas alarmé jusqu'à la pesée de jeudi midi... qui a indiqué un poid de 3kg 080 g... alors là "branle bas de combat !". Petit tour chez un pédiatre qui nous oriente tout de suite vers les urgences pédiatriques de Clermont.
Evidemment, ce n'est pas de ça dont on rêvait, mais il faut bien s'y résoudre, c'est là toute la place de la technique : quand les ressources naturelles ne sont pas suffisantes. Mais sachons toujours garder notre libre arbitre !
Véro est resté auprès de lui pour continuer à l'allaiter et surtout pour ne pas le laisser puisqu il a besoin de protection et d'amour et que nous avons besoin de son existence maintenant qu'il a décidé de venir en ce monde. Comment pourrait il s'accrocher à la vie sans nous ? Comment pourrait il faire l'effort sans notre stimulation d'amour ?
La séparation et la peur de le perdre nous ont beaucoup tourmenté.
Je l'ai supplié de rester, lui expliquant combien j'avais besoin de lui, tout ce qu'on pourra faire tous les 4 et qu'il avait un grand frère super et des parents qui l aiment. Je lui ai dit en quoi cette vie sur terre vaut le coup d'être vécue et que le monde aura besoin de lui... C'est peut être dérisoire, irrationnel mais c'est ma foi et mon espérance.
Joseph a été admirable. Je lui ai expliqué ce qui se passait et je pense qu'il a fort compris. Première nuit sans maman, sans préparation, c'est pas rien pour un petit garçon qui n'a pas encore 2 ans. Biensûr au réveil, il cherche sa maman et le bébé mais à chaque fois je lui explique en vérité et en douceur. Et tout ce passe comme si il comprenait... et je pense qu il comprend. Pour preuve, aux infos télévisées, on a vu un reportage sur un hôpital et je lui ai dit "Tu vois c'est dans un hôpital comme ça où il y a maman et ton petit frère" et il m'a répondu : "bébé ? bébé ? ".
Hier, pendant la séance d'UV de Noé qui dure 6 heures, Joseph a pu voir sa maman quelques heures au jardin Lecoq. Il était temps que les batteries se rechargent !!! Noé a un trop fort taux d'hémoglobine (23) et une jaunisse du nourisson carabinée. Il a donc droit à une perfusion en continu, à des séances d'UV et à des petites saignées... Pas vraiment excitant mais déjà les résultats sont là : il reprend du poid, le taux d'hémoglobine redescend, la jaunisse s'estompe, il prend de grosses tétées et vomit toujours mais moins... On voit maintenant le bout du tunnel et ça va beaucoup mieux pour notre moral.
Bon, Joseph a fini sa sieste et me réclame !!!
à bientôt
Manu
Publié par ebouhier à 13:35:39 dans NOE EST ARRIVE ;-) | Commentaires (1) | Permaliens
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